Marque & posture · LinkedIn · 5 min de lecture
Sa « spontanéité » sur LinkedIn a un nom
Elle a relancé un compte à zéro en mai 2022. Douze mois plus tard, Forbes écrivait sur elle. Et derrière les posts qu'on trouve « tellement vrais », il se passe quelque chose que personne ne remarque.
Par Amandine Serani — fondatrice de MIxED Agency
Vous tombez sur son profil par hasard.
Vous lisez un post. Il parle d'authenticité, d'oser montrer qui on est vraiment, sur LinkedIn, sans se perdre en route. C'est bien dit. Vous hochez la tête, vous l'enregistrez pour plus tard, et vous vous dites « voilà, c'est ça qu'il faudrait que je fasse ».
Maintenant, regardez l'écart.
Mai 2022, elle ouvre un compte LinkedIn reparti de rien : zéro connexion, zéro abonné, zéro post. Douze mois plus tard, Forbes titre sur elle : de 0 à 55 000 abonnés, 5 millions d'impressions, des centaines de prospects entrants en une seule année. Aujourd'hui, son profil affiche autour de 336 000 abonnés.
Pas un coup de chance.
Une montée aussi nette, aussi rapide, ça ne tombe pas du ciel. Vous vous dites qu'elle a juste osé être elle-même. Regardez de plus près : ce n'est plus de la spontanéité du tout. Alors c'est quoi, le vrai moteur derrière une marque perso qui décolle comme ça ? Regardons ce qu'il y a dessous.
Quand « être soi » obéit à une recette
Prenez un de ses posts, celui qui vous a semblé le plus personnel, le plus jeté sur le clavier en cinq minutes. Et si je vous disais qu'il suit un plan ?
Elle l'a raconté elle-même, au micro du podcast Creator Science. Sa recette tient en une phrase : « Je commence toujours par l'histoire, j'amène une leçon, je glisse un conseil qu'on peut appliquer tout de suite, et je finis toujours par un *vous*. » Et elle ajoute, comme une évidence : « C'est exactement ça qui marche. »
S.L.A.Y. Story, Lesson, Actionable, You. L'histoire, la leçon, le concret, le vous.
Ce que vous prenez pour un élan sincère, c'est en réalité une structure qui tient debout toute seule. Forbes décrit la même mécanique : dans chaque post, une banalité qui parle au plus grand nombre, plus une histoire pour la personnalité, plus une leçon pour rester dans sa niche. Trois ingrédients, toujours les mêmes.
Et il y a une règle qu'elle s'impose, presque morale : « Je ne créerai que du contenu que je consomme moi-même. »
Le plus fou, c'est qu'elle ne le cache même pas. Un de ses posts l'énonce noir sur blanc : « Les meilleures marques perso n'essaient pas d'être authentiques. Elles vous embarquent dans leur trajet. »
Principe à voler : nommez votre propre ossature. Histoire, leçon, conseil, vous. Une fois que vous tenez votre trame, vous écrivez vite, sans que ça sonne mécanique.
Les bonnes idées viennent d'où, au juste ?
D'accord, la forme est un gabarit. Mais l'inspiration, elle vient bien de quelque part, non ?
Pas vraiment. Là encore, tout est réglé d'avance.
Ce qu'elle déclenche, ce n'est pas « racontez votre vie ». C'est « voilà ce que j'ai fait et voilà ce qui s'est passé » : des captures d'écran, des avant/après, des études de cas. La preuve, et le récit ensuite. Et chaque semaine, le même geste : elle décortique le top 5 des créateurs de sa niche, range les structures qui marchent dans un fichier, puis réécrit la sienne par-dessus avec ses propres mots. Forbes le résume sans détour : imiter les gros comptes, maîtriser les accroches et la mise en forme, publier trois à cinq fois par semaine.
Même son équipe, elle ne la doit pas au hasard.
Un jour, elle embauche un type repéré dans ses commentaires, sans CV et sans entretien. Ses mots à elle : « Mat. Arrivé sur LinkedIn un an plus tôt. Zéro post. Zéro abonné. Il a commenté mes posts plus de cent fois. » Quand il a fallu recruter pour l'agence, elle n'a pas hésité.
L'inspiration, ici, c'est un système.
Principe à voler : chaque semaine, démontez le top 5 de votre niche. Gardez la structure qui a fait ses preuves, changez les mots, pas le squelette.
D'où vient vraiment l'argent
Vous croyez que l'argent, ce sont les abonnés ? Regardez plutôt d'où il vient vraiment.
Le contenu, c'est la vitrine. L'argent rentre ailleurs.
Des posts qui tournent, jolis, réguliers, et qui ne vendent rien directement. Derrière, une agence, LA Digital, lancée en avril 2022, qui fait du ghostwriting et du personal branding pour des fondateurs et des dirigeants qui pèsent 7 à 8 chiffres. Et un détail qui dit tout, de sa bouche : « J'ai fait tourner toute une agence de personal branding sur LinkedIn sans même avoir de site web. » Une agence qui n'a même pas besoin d'adresse.
Au-dessus encore, le plus dingue : Kleo, un outil d'intelligence artificielle qu'elle a cofondé avec Jake Ward et Rob Hoffman, et qui n'est rien d'autre que la version empaquetée de ses propres systèmes de contenu. Sa spontanéité, transformée en produit qu'on vend.
Et le moteur, le vrai ? Selon ce qui est rapporté sur son activité, 80 % de son revenu viendrait du mail, pas des 336 000 abonnés sociaux. De la newsletter.
Il y a même ce détail minuscule qui résume toute la mécanique. Sous chacun de ses posts, elle dépose elle-même trois commentaires, juste pour éviter le silence et amorcer la conversation. Rien de spontané dans tout ça : trois petites lignes plantées d'avance, pour que la conversation démarre toute seule.
La marque perso vous attire. Le système, lui, vous vend autre chose.
Principe à voler : le contenu, c'est le haut de l'entonnoir, jamais le produit. Ayez votre propre canal email et une offre à vous, pas seulement une audience qu'on vous prête.
Le système avait un angle mort
Bon. Et si la machine avait, elle aussi, sa faille ?
À ce stade, tout ça est presque trop lisse, avec ses gabarits qui tournent, son agence sans site et son IA qui revend la méthode. Vous vous dites forcément que cette femme n'a jamais douté de rien.
Lisez ses propres mots, datés.
Novembre 2022 : « Je suis en train de craquer. Je suis rentrée au Royaume-Uni le mois dernier… » Un an plus tard, en novembre 2023 : « Pour vous, tout lui réussit. Pour moi… j'ai enchaîné les échecs. » Et ailleurs encore : « J'ai eu 24 ans terrifiée, dépassée, perdue. » Elle a parlé d'antidépresseurs et de santé mentale, à découvert, devant tout le monde.
Et puis il y a cette scène. Elle la raconte en novembre 2023, mais elle remonte à un an plus tôt, octobre 2022. Elle ferme son agence. Elle envoie un message à un entrepreneur, Shoaib Ahmed, pour qu'il l'embauche, ou au moins qu'il la coache. Il décline poliment, et elle n'a plus jamais de nouvelles. Ses mots : « J'ai réussi à rater les deux : abandonner ET me faire embaucher. En 24 heures. Et ça m'a mise hors de moi. »
Voilà d'où elle part. Pas d'un don. D'un effondrement.
Et ce qui suit est encore plus parlant. Selon le cabinet qui l'a ensuite accompagnée, SelfMastered — donc une source qui a tout intérêt à noircir le tableau d'avant, gardez-le bien en tête —, celle qui vend aujourd'hui le système reproductible a elle-même dû faire appel à un coaching externe pour s'installer, justement, des systèmes. Le diagnostic, mot pour mot : rien de solide pour faire tourner la boîte, aucun système en place malgré la croissance.
Le système qu'elle vend, elle ne l'avait pas pour elle.
Principe à voler : un système qui tient sans vous, ça se construit après le mur, pas avant. Et personne, pas même celle qui le vend, n'est immunisé contre le vide derrière la vitrine.
Par où commencer
Le réflexe facile, devant tout ça, c'est de crier au bidon. C'est confortable, et c'est surtout paresseux, parce que ça s'arrête à la surface. Creusez un peu, et vous ne voyez plus une imposture : vous voyez un travail.
Alors retournez la question vers vous.
Qu'est-ce que vous protégez, exactement, en refusant de structurer votre voix ? Sans cadre, à force, on s'épuise, et les gens les plus intéressants finissent invisibles, simplement parce qu'ils ne tiennent pas la distance.
Voilà ce que vous pouvez faire dès cette semaine.
Prenez une seule chose que vous faites bien et qui vous mange du temps : votre création de contenu, votre onboarding client, vos réponses en message privé. Suivez-la pendant 30 jours, jusqu'à en tirer une trame, un gabarit. Puis regardez ce qui tient sans vous.
Pas besoin de disparaître deux ans comme elle. Un seul maillon à la fois.
Commencez par là.

Sources