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Marque & posture · Business · 4 min de lecture

De mug invendable à objet culte à 750 millions : l'Empire Stanley décrypté

Le même mug : laissé pour mort par sa marque en 2019, on campe la nuit pour l'avoir en 2024. Stanley n'a pas touché au produit. Alors qu'est-ce qui a changé ?

Par Amandine Serani, fondatrice de MIxED Agency

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Il est 1 h 40 du matin, et il fait 4 degrés

Devant un grand magasin américain, un père et sa fille attendent. Il est 1 h 40 du matin, il fait 4 degrés, et le magasin n'ouvre qu'à 8 h.

À l'intérieur, il reste une quarantaine de mugs.

Vincent Marcus filme la scène : « On a passé la nuit devant ce magasin pour le nouveau Stanley Starbucks. »

Pour comprendre comment un objet oublié devient un objet culte, il faut revenir 4 ans en arrière.

Même mug, même marque. Sauf qu'en 2019, personne n'en voulait. Stanley l'avait laissé mourir sur une étagère.

Et c'est cette petite mort qui a fait passer Stanley à plus de 750 millions de dollars en quatre ans. 73 millions en 2019. 94 l'année d'après. Puis 194. Puis 402. Puis 750.

Pour un mug qu'on avait jeté.

Le bon produit, devant la bonne personne

Alors qu'est-ce qui a changé ?

Au départ, ils créent un produit vert métallisé. Pensé pour un homme d'affaires qui boit son café au fond de son pick-up. Et ça ne se vend pas.

Le réflexe normal serait de refaire le produit. Sauf que ce n'est pas ce qu'ils font.

Ils changent juste une chose : la personne à qui ils le montrent.

Avant : un objet viril, pour le grand air. Après : un objet qui vit dans la maison. Beau. Assorti à la tenue du jour.

Même mug. Une cible complètement différente. Les femmes de 25 à 50 ans.

Ashlee LeSueur le dit sans détour : les ignorer, « c'est passer à côté, parce que ce sont elles qui font tourner l'économie ».

Qu'est-ce que ça veut dire pour vous ? « Mon offre ne se vend pas assez » ne veut pas dire « mon offre est mauvaise ».

Souvent, ça veut juste dire qu'on la montre à quelqu'un que ça n'intéresse pas.

L'idée ne vient même pas de Stanley

Elle vient de trois clientes.

Derrière un blog d'achats malins, The Buy Guide, il y a trois femmes : Ashlee, Linley et Taylor. Elles repèrent le mug dès 2017. Elles l'adorent. Elles le recommandent.

Stanley, lui, arrête de le réapprovisionner. Elles, elles ne lâchent pas.

Elles reviennent voir la marque avec une phrase : et si vous visiez les femmes ? La marque hésite. Alors elles prennent le risque à sa place.

Stanley impose un minimum de commande : 10 000 unités. Pas une de moins. Les trois femmes commandent.

Toute leur trésorerie y passe. Plus leur argent perso. Zéro garantie. LeSueur : « J'avais l'impression de signer un crédit immobilier. »

Les 5 000 premiers mugs partent en quatre jours. Les 5 000 suivants, en une heure.

La marque n'a pas eu l'idée. Elle a juste eu l'intelligence de dire oui.

Vos meilleurs clients vous envoient peut-être le même signal en ce moment. La vraie question : est-ce que vous l'écoutez ?

Et puis un homme arrive

C'est le détail que presque personne ne raconte.

2020, plein confinement. Stanley recrute un nouveau président : Terence Reilly. Il arrive d'où ? De Crocs.

Oui. La chaussure en plastique troué. La plus moche du monde. Celle dont tout le monde se moquait. C'est lui qui l'a mise aux pieds de Justin Bieber et Bad Bunny.

Sa recette, il l'a déjà rodée pendant sept ans : des couleurs qui claquent, des séries limitées qu'on ne réimprime jamais, des gens vraiment passionnés pour les relayer.

Il débarque chez Stanley. Et il refait exactement la même chose.

Donc non, ce n'est pas de la chance. C'est un coup déjà gagné, rejoué par le même joueur.

C'est là que les gens se mettent à camper

Stanley sort une couleur en série limitée. Épuisée ? C'est fini. Jamais réimprimée.

Sur le papier, c'est absurde : on se prive d'argent facile. Sauf que c'est exactement ça qui crée le manque. Et le manque crée l'envie.

Chaque sortie devient un événement que les gens filment eux-mêmes. La chasse au modèle. Le déballage. La collection alignée sur l'étagère.

Cette pub-là, la marque ne la paie pas. Les clients la font pour elle. Gratuitement.

Janvier 2024. Stanley + Starbucks. Un modèle rose, en exclusivité, à 49,95 dollars. Files d'attente. Campements de nuit. Deux par personne maximum.

Le stock part en quelques minutes. Et le mug à 50 dollars se revend jusqu'à 300.

Voilà pourquoi un père et sa fille dorment devant un magasin à 1 h 40 du matin. Pas pour un mug. Pour un mug qu'on ne pourra peut-être plus jamais avoir.

L'envers du décor

Un moteur réglé pour emballer s'emballe aussi. La rareté crée l'envie. Elle crée aussi la cohue.

Les bousculades. La revente. Une femme qui glisse et tombe dans un rayon, pour un mug.

Et la peur, début 2024 : il y aurait du plomb ? La maison-mère reconnaît un point de soudure sous la base. Mais jure qu'une couche d'acier le rend inaccessible à celui qui boit.

Une action en justice est lancée. En janvier 2025, la juge la rejette : pas de preuve d'un vrai danger. Rien n'est clos. Juste une porte entrouverte.

Ce qu'il faut retenir

Le mug n'a pas changé d'une vis entre 2019 et 2024. Ce qui a changé, c'est trois décisions : changer la personne visée, écouter vraiment ses clients, utiliser la rareté pour créer la frénésie.

Aucune chance là-dedans. Que des décisions et un système.

Alors la vraie question n'est peut-être pas « est-ce que mon offre est assez bonne ? ». C'est : à qui est-ce que je la montre ? Et est-ce que je la rends désirable, ou seulement disponible ?

Un produit qui ne décolle pas est rarement un mauvais produit. C'est souvent le bon produit, montré à la mauvaise personne.

Amandine Serani
Amandine Serani

À propos de l'autrice

Amandine Serani

Ancienne juriste suisse, aujourd'hui CEO de MIxED Agency. J'aide les experts à devenir la référence de leur marché et à attirer leurs clients naturellement.

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