Conversion & funnel · Contenu & business · 6 min de lecture
Il a encaissé des dizaines de millions de dollars en une journée. Et il offre ce que les autres font payer.
Un homme donne ce que ses concurrents vendent une fortune. Plus il donne, plus il s'enrichit. J'ai voulu comprendre pourquoi.
Par Amandine Serani — fondatrice de MIxED Agency
C'est un samedi matin, le 16 août 2025, et à 9 h heure du Pacifique un homme s'installe face caméra pour ce qui va durer presque dix heures d'affilée.
Devant lui, plus d'un million de personnes inscrites pour le regarder. Pas un concert, pas un match. Un lancement de livre.
Et au cœur de ce live, il pose une offre. Regardez-la bien en face avant de lire la suite.
Pour 5 998 $, vous repartez avec 200 exemplaires de son bouquin : vous en gardez un, et les 199 autres, vous les donnez.
Vous payez près de 6 000 $ pour acheter des livres que vous n'avez même pas le droit de garder. Attendez. Quoi ?
Cet homme s'appelle Alex Hormozi, et il a une phrase qu'il martèle partout, dans ses livres comme sur ses réseaux : donne les secrets, vends l'exécution. Donne ce que les autres font payer, et deviens riche précisément en le donnant.
Là, j'ai relu trois fois, parce que ça ne tenait pas debout. On s'enrichit en distribuant gratuitement ce que tout un secteur facture une fortune ? D'où vient l'argent, alors ? Non, sérieusement. D'où ?
Le cadeau qui n'en est pas un
Commençons par ce qu'il distribue. Pas un petit bonus. Le savoir entier, le vrai, celui qui se monnaie.
Le savoir d'Hormozi, c'est comment construire une offre, trouver des clients, franchir un palier. Dans son milieu, des gens vivent uniquement de ça : des formations à 5 000 $, des accompagnements à 10 000 $.
Lui, il le donne. Ses livres précédents, il les a vendus à prix coûtant, la version Kindle tournait autour d'un dollar. Un dollar, pour ce que le voisin facture le prix d'une voiture.
On dirait de la générosité, un type sympa qui veut juste aider son prochain. Sauf que non.
Voilà sa doctrine, telle qu'il la formule : rends-le meilleur, offre-le, et monétise par un canal que tes concurrents ne pourront jamais copier. Relisez le dernier morceau. Que tes concurrents ne peuvent pas copier.
Parce que ses concurrents, eux, vivent de la vente de ce savoir, c'est leur gagne-pain. Et le jour où quelqu'un offre la même chose en mieux et à zéro, ils n'ont tout simplement plus rien à vendre.
Lui peut se le permettre, eux non. Le gratuit n'est pas un cadeau au lecteur. C'est une façon d'asphyxier la concurrence.
D'accord. Mais il gagne où, alors ?
C'est toute la question. Si le livre est à un dollar et la formation offerte, alors d'où vient l'argent ?
Laissons-le répondre lui-même, il l'écrit noir sur blanc dans l'introduction de son livre : j'ai gagné mon argent en faisant ces choses, pas en les enseignant, contrairement à la quasi-totalité du milieu du marketing. En faisant, pas en enseignant. Tout est là.
Voilà comment ça tourne. Hormozi aide gratuitement des milliers d'entrepreneurs et il les amène jusqu'à 1 ou 3 millions de chiffre d'affaires. Et puis ils plafonnent.
Ce plafond, vous le connaissez. Pour passer au-dessus, il leur faut soudain du capital, de l'infrastructure, un partenaire qui sait vraiment faire grossir une boîte.
Qui est le partenaire le plus évident ? Celui qui les a amenés jusque-là, celui qu'ils lisent depuis deux ans et en qui ils ont une confiance déjà construite.
Ce partenaire, c'est sa holding, Acquisition.com. Et d'où vient l'argent ? Non, sérieux, d'où ?
Pas d'un cours, elle n'en vend aucun. Elle prend une part de leur entreprise, une participation minoritaire, dans des boîtes qui font entre 3 et 100 millions de chiffre d'affaires.
Vous voyez le mouvement ? Le contenu gratuit n'est pas le produit, c'est l'entrée de l'entonnoir. Et tout en bas de cet entonnoir, il n'y a pas un livre à vendre, il y a un bout de votre entreprise à prendre. Le savoir attire, et c'est lui qui encaisse, via la participation.
Et il peut jouer à ce jeu parce qu'il a déjà l'argent pour le jouer. En 2021, il a vendu 66 % de sa société de licences sur une valorisation de 46,2 millions de dollars, payé comptant. C'est cette fortune-là qui finance la machine à donner.
Et vous, comment devenez-vous son vendeur ?
Revenons à cette offre du début, ces 200 livres à 5 998 $, dont 199 que vous donnez. Au début, on dirait un numéro de cirque. Mais regardez la mécanique de près.
Le bouton, ce jour-là, ne disait pas achetez mon livre. Il disait, en gros : offrez-en 200.
Et là tout change, parce que vous venez d'acheter 199 exemplaires, et la vraie question devient : qu'est-ce que vous allez en faire ?
Vous les distribuez, sur vos réseaux, à votre audience, avec votre propre message : j'ai 200 livres, prenez-en un. Vous faites votre propre opération de générosité, et vous captez vos propres prospects au passage. Et pendant que vous croyez travailler pour vous, vous propulsez son lancement à lui.
Regardez bien le tour de passe-passe. Le livre arrive gratuitement dans les mains du lecteur final, mais ce gratuit-là, ce n'est pas Hormozi qui le paie : c'est vous, l'acheteur-relais, qui l'avez financé à 5 998 $.
Le client devient le distributeur, et le distributeur a payé pour le faire. Vous offrez, l'autre offre à son tour, et la diffusion se démultiplie toute seule.
Et si c'était trop beau ?
Là, normalement, vous devriez avoir un doute. Moi je l'avais, parce qu'un modèle où absolument tout le monde gagne, ça n'existe pas. Alors j'ai cherché les fissures, et il y en a trois.
La première. Le gratuit ne supprime pas le prix, il le déplace : là où vous ne payez plus en argent, vous payez en temps. Un homme du même milieu, Alen Sultanic, l'a dit sans détour : quelques-uns s'enrichissent avec ces méthodes, et les autres mourront en essayant.
La deuxième est plus retorse. Tout ce système suppose que vous avez déjà de la traction, un public, du chiffre, une machine qui tourne. Le répliquer en partant de zéro, c'est une autre histoire ; comme le note une critique, c'est plus facile pour quelqu'un qui a déjà une fortune. Justement.
La troisième est la plus coupante, et pour la voir, il faut reprendre ce lancement record, ces dizaines de millions de dollars revendiqués en une seule journée. Un détail gêne : sur tous ces livres écoulés, on a relevé 239 notes et 36 avis laissés. 36 avis, pour une montagne d'exemplaires.
Un podcast du secteur l'a dit tout net : Hormozi a vendu des livres de cuisine à des gens qui ne cuisinent pas. Les acheteurs achètent, ils ne lisent pas.
Et le chiffre du lancement lui-même est gonflé. Ces dizaines de millions, ce n'est pas du prix de vente d'un livre, c'est du brut collecté via le bundle à 5 998 $. Selon les sources, le total varie de 75 à 150 millions, personne ne sait vraiment. Ça en jette bien plus que ça ne vaut.
Le gratuit ne supprime jamais le prix, il le déplace : vers votre temps, votre traction de départ, et un chiffre qui en met plein la vue sans rien prouver.
Ce que vous pouvez faire, vous
On ne va pas vous demander de remplir une journée entière de ventes, vous n'avez pas un million de personnes qui attendent devant leur écran un samedi matin. Mais le mécanisme, lui, se réduit à votre échelle.
Reprenez les trois leviers. Offrir ce que vos concurrents font payer. Gagner ailleurs, sur ce que ce savoir construit chez vos clients. Faire de vos acheteurs vos propres distributeurs.
Et posez-vous une seule question, ce soir. Qu'est-ce que vous savez faire, que votre marché paie cher, et que vous pourriez offrir pour gagner autrement ?
Pas la peine de tout offrir, une seule chose suffit : celle que vos concurrents protègent comme un trésor, justement parce qu'ils en vivent.
Et voilà la vraie question, celle qui pique : pourquoi est-ce qu'on protège tous notre savoir comme ça ? Qu'est-ce qu'on a si peur de perdre en l'offrant ? Posez-vous-la, vraiment. Vous serez surpris de ce que vous trouverez au fond.
